N’ayons pas (trop) peur des masculinistes
« Sérieusement, Madame, vous trouvez ça drôle ? » C’était pendant un de mes cours de français, on venait de regarder la première scène de cette pièce de Molière restée d’une très grande actualité, Le médecin malgré lui. Cette dénonciation de certains travers de notre société est d’une incroyable actualité, mais ce final de la scène d’exposition censé être comique, avec Sganarelle qui bastonne Martine… est-ce toujours drôle ?
La bonne nouvelle, c’est que ça fait moins rire qu’avant. Pas de quoi fanfaronner cependant, quand on entend certains propos tenus dans les cours de récréation des collèges, des lycées, propos où la misogynie la plus crasse le dispute à la crudité la plus sordide.
Et le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes d’enfoncer le clou lorsqu’il avance qu’un quart des hommes entre 25 et 34 ans pensent qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter (début 2024). À la décharge de nos jeunes mâles dopés à la testostérone, ils ont de bien vilains exemples devant eux, modèles de force brute, brutale, décomplexée : Trump qui lance l’armée contre son propre peuple, Poutine à l’origine d’une guerre aussi injuste que meurtrière, Netanyaou responsable de ce qu’il faut bien appeler le génocide délibéré d’un peuple, Milei et Musk qui se montrent prêts à détruire à la tronçonneuse tout ce qui les gêne… Des mecs qui font étalage de leur virilité en somme, tant nous voici désormais évalués à l’aune de celle-ci. Donc par définition, seuls les hommes peuvent être évalués.
Ces manifestations exacerbées de ce qu’on appelle désormais le masculinisme – un courant qui prône sans ambiguïté un système violent et patriarcal – sont-elles le signe que le monde est en train de changer, de se radicaliser pour le pire, ou sont-elles au contraire une sorte de chant du cygne ? Les manifestations violentes et de plus en plus spectaculaires des masculinistes ne sont-elles pas la marque de l’énergie du désespoir de qui se sait voué à disparaître ? Car la société a progressé, l’égalité femme-homme a progressé, pas assez, mais suffisamment pour qu’un complet retour en arrière soit difficilement envisageable.
Comment continuer ce chemin vers la vraie égalité, loin des manifestations virilistes hystériques – oui, c’est un oxymore, et alors ? Éduquer, éduquer, éduquer ! Les garçons et les filles. L’égalité est un combat à mener ensemble. Pour une société juste. Mais aussi pour une société où les services publics fonctionnent mieux, pour le bien de tou.te.s… C’est quoi, le rapport ? Je laisse Anne-Cécile Mailfert, directrice de l’OEEF (Observatoire de l’émancipation économique des femmes) l’expliquer mieux que moi : « Le coût de la virilité, c’est de regarder combien coûte une femme, et combien coûte un homme à l’État français. On se rend compte par exemple que 95 % des détenus sont des hommes ! Pourquoi ? L’éducation. Et combien ça coûte que les hommes soient mal élevés ? […] 96 milliards d’euros chaque année… » (Fakir n°117, mai-juillet 2025)
Éduquer, vraiment éduquer nos gamin.e.s, permettrait de développer nos hôpitaux, nos crèches, nos EHPAD, nos écoles… à hauteur de 100 milliards d’euros par an. Ce qui est loin d’être négligeable. Alors le jeu en vaut la chandelle, pour une société à la fois digne, juste, et efficace. Il est plus que jamais nécessaire de poursuivre le combat de l’égalité, dans le calme et l’union, sans se laisser fasciner par ce que nous espérons être les ultimes manifestations de violence d’un mouvement voué à s’éteindre.