ATTAC-54

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Catégorie : Éditoriaux

Éviter le pire… (Édito – avril 2022)

Pour la troisième fois en vingt ans, le système électoral prévu par notre constitution impose aux forces sociales et écologistes de voter en quelque sorte par défaut. Il les oblige à choisir d’éviter le pire, à savoir l’extrême droite, sans leur permettre de faire pleinement valoir leur choix. Et les législatives qui vont suivre, même s’il faut agir pour tenter d’en faire un troisième tour victorieux, risquent fort de donner une majorité absolue au Président élu. Si l’on ajoute à tout cela les difficultés rencontrées par deux des trois candidats arrivés en tête pour recueillir les 500 signatures, force est de constater que la constitution doit changer, ou du moins que cette élection présidentielle, qui continue à avoir la préférence des Français, doit être modifiée… Cependant, on ne peut se contenter de ce constat car il faut aussi considérer plus largement la situation de nos instances électives. En effet, grâce au rôle joué par le taux d’abstention et la notoriété locale, des partis qui ne comptent désormais plus beaucoup à l’élection présidentielle continuent de diriger un grand nombre de collectivités territoriales. Comment, dans ces conditions, notre démocratie  représentative peut-elle fonctionner, si ce n’est en encourageant l’autoritarisme du chef de l’État ? Un autoritarisme auquel Emmanuel Macron ne s’est pas privé d’avoir recours.

Finalement, il faudra que la classe politique accepte que notre système présidentiel soit remis en cause, que des élections à la proportionnelle donnent toute leur place aux députés et qu’une plus grande décentralisation soit mise en place. Tout ceci, bien sûr, ne pourra pas éviter aux partis politiques de s’interroger sur la désaffection dont ils font l’objet.

Tous sur le pied de guerre pour l’accueil des Ukrainiens (Édito – mars 2022)

Depuis la tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie, nos institutions locales – au diapason de la France et de l’Europe – sont mobilisées comme jamais pour le meilleur accueil possible des migrants ukrainiens. Dans le cadre du dispositif de « protection temporaire » créé par l’UE il y a une vingtaine d’années, les engagements sont (quasi) sans limite : assurer une scolarisation immédiate, un hébergement sécure immédiat, un accès aux soins et à des ressources financières, un droit au travail immédiat… La ville de Nancy a affrété des bus pour aller chercher des familles jusqu’en Pologne. Le Préfet et le Secrétaire Général de la Préfecture les ont accueillies en personne.

Nous, membres d’ATTAC, nous en réjouissons pleinement. Quel plaisir de constater que nos édiles ont le cœur sur la main lorsque les enjeux géopolitiques les y astreignent. Quelle réjouissance de constater qu’ils savent mettre à disposition leurs services à hauteur des besoins de l’accueil de plusieurs centaines d’étrangers.

Bien sûr, nous nous insurgeons contre la folie guerrière de Poutine comme de tous autres élans mortifères, de quelque pays qu’ils proviennent.

Bien sûr, nous nous insurgeons contre les discriminations en œuvre à la frontière pour trier les migrants demandant le droit d’entrée en Pologne, tout comme nous sommes révoltés par ce même sort que subissent des centaines de sans-papiers vivant en Meurthe-et-Moselle depuis plusieurs années. Chaleureusement, nous souhaitons donc la bienvenue aux Ukrainiens à Nancy. Nous en appelons à un traitement aussi généreux de tous les migrants dans notre département : d’où qu’ils viennent, quoi qu’ils fuient. En soi, il n’y a pas de migrants plus méritants que d’autres. Tous doivent être accueillis dans un esprit de fraternité…

et sur un même pied d’égalité !

Ce texte a été lu en public lors du dernier Cercle de silence du samedi 26 mars, place Stanislas.

Préserver le commerce ou le climat ? (Édito – février 2022)

[Une conférence sur ce sujet aura lieu le jeudi 10 mars à 20h à Sciences Po Nancy – Pour plus d’informations, voir l’agenda du site.]

Nous vivons à une époque où l’information a tendance a se limiter à l’actualité du moment… Un fait en chasse un autre, au risque de faire oublier le fond des problèmes qui nous préoccupent. Par exemple concernant le dérèglement climatique, le financement des énergies fossiles ne peut occulter le rôle des traités de libre-échange. La Convention Citoyenne pour le Climat l’avait compris, puisqu’elle demandait la renégociation du CETA entre l’Union Européenne et le Canada. Mais cette proposition avait été l’une des premières à être écartée par Emmanuel Macron…

Pourtant le constat est clairement établi : « Le climat est le grand absent du CETA» a conclu dès septembre 2017 la commission d’experts nommée pour évaluer cet accord. En rejetant la proposition de la Convention Citoyenne, Emmanuel Macron confirme son refus de remettre en cause la mondialisation des échanges et de faire de la lutte contre le dérèglement climatique un principe supérieur à l’expansion du commerce. Il s’aligne ainsi sur la position de l’UE qui continue à prôner l’accord Mercosur, lequel va pourtant considérablement aggraver la déforestation en Amérique du Sud. Parallèlement à ces prises de position, il faut relever que ni Paris, ni Bruxelles ne remettent en cause les tribunaux d’arbitrage qui permettent à des entreprises privées d’attaquer les pouvoirs publics, notamment lorsque ces derniers prennent des mesures permettant de lutter contre le dérèglement climatique, mais qui sont contraires aux intérêt de ces entreprises…

Finalement, si la crise sanitaire a conduit certains responsables politiques européens à parler de relocalisation, on doit bien constater que ni les autorités françaises ni les autorités européennes n’ont pris la mesure des transformations à opérer pour que les règles du commerce international ne soient plus des obstacles en matière de transition énergétique et de lutte contre le dérèglement climatique.

La boîte de Pandore de l’évasion fiscale (Édito – janvier 2022)

Après les révélations de LuxLeaks en 2014 et des Panama Papers en 2016 – pour ne citer que les plus connus des scandales qui ont mis en lumière l’ampleur de la fraude fiscale internationale via les paradis fiscaux – on allait voir ce qu’on allait voir ! On allait changer la réglementation pour reléguer dans le passé ces pratiques illégales et/ou inciviques. Promis juré, la croisade moralisatrice était en marche !

Les récentes révélations des Pandora Papers, la plus vaste enquête jamais réalisée sur l’évasion fiscale, démontrent pourtant, s’il en était encore besoin, que ces grandiloquentes déclarations n’étaient que «poussière dans le vent»  : l’évasion fiscale continue de plus belle.

Grâce à une source qui a préféré rester anonyme – comme on la comprend ! – , les quelque 600 journalistes du Consortium International des Journalistes d’Investigation (CIJI) ont pu éplucher, à l’aide de l’intelligence artificielle, près de 12 millions de documents issus de 14 organisations différentes spécialisées dans la création de sociétés «offshore». Ces sociétés concentrent une part importante de la fraude fiscale internationale et du blanchiment d’argent. Dans ces documents, les noms d’hommes politiques – dont des chefs d’État en activité –, milliardaires, sportifs, personnalités du show-biz côtoient ceux de marchands d’armes et de mafieux notoires. Ces nantis déploient de savantes stratégies pour échapper au fisc, et n’ont aucun scrupule à s’enrichir encore plus sur le dos des nations, qui s’appauvrissent en conséquence. Le comble est qu’un certain nombre de personnes épinglées par le CIJI sont celles-là mêmes qui devraient combattre ce système.

Pour prendre l’exemple de l’Europe, comment croire que nos dirigeants ont une réelle volonté de mettre fin aux paradis fiscaux quand l’Union Européenne en tolère de notoires sur son propre territoire (Irlande, Luxembourg, Pays-Bas), tout en établissant une «liste noire» sur laquelle, bien entendu , aucun d’eux ne figure ?

Il est plus que temps de s’attaquer à cette économie parallèle qui enrichit en toute impunité les plus fortunés, et d’établir des règles internationales pour combattre les paradis fiscaux. Par exemple, comme le propose Thomas Piketty, en interdisant aux sociétés détentrices de biens d’user de subterfuges pour masquer l’identité de leurs propriétaires, qui ne pourront ainsi plus échapper à leur juste part d’impôt. Et une fois de telles décisions prises, il faudra se donner les moyens de les faire appliquer, ce qui ne sera pas une mince affaire…

Les sondages contre les projets politiques (Édito – novembre 2021)

La Vème République a instauré un régime présidentiel qui s’est renforcé  depuis que les élections législatives ont été alignées sur l’élection présidentielle. Avec Macron, l’autoritarisme n’a cessé de s’aggraver. On l’a vu avec le rôle qu’il s’est donné durant la crise sanitaire, mais également avec les lois portant atteinte aux libertés, ou encore dans son refus de prendre en compte la plupart des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, malgré ses promesses. Aujourd’hui, alors que les élections approchent, le système s’emballe et accentue la personnalisation de la fonction présidentielle. Les sondages se suivent  les uns après les autres pour tenter d’influencer l’opinion publique en encourageant le citoyen à choisir le « vote utile », et les candidats alimentent eux mêmes cette stratégie. De plus, pour espérer accéder au deuxième tour, beaucoup d’entre eux  n‘hésitent pas à conforter les préjugés racistes sur l’islam et les immigrés, quitte à faire le jeu de l’extrême droite.

On ne sait pas comment la campagne électorale va évoluer dans les semaines qui viennent, alors que tous les candidats ne sont pas encore connus et qu’une bonne partie de l’électorat ne sait même pas si elle ira voter, mais la responsabilité des démocrates, et celle d’ATTAC en particulier, est de mettre en avant ce qu’ils voudraient retrouver dans les programmes.

Comment faire reculer les inégalités sociales ? Comment redonner leur place aux services publics ? Comment lutter efficacement contre le dérèglement  climatique ? Où trouver les moyens financiers pour cette nouvelle politique ? Toutes ces questions, et d’autres encore, devront être posées aux candidats pour que les débats cessent de tourner autour de l’identité et de la sécurité, mais aussi pour faire avancer l’idée d’une VIème République qui limiterait le pouvoir présidentiel au profit des citoyens et du Parlement.

À propos de relocalisation (Édito – octobre 2021)

La crise sanitaire a contribué à mettre en évidence les conséquences des délocalisations. Le pays s’est retrouvé en manque de masques, de respirateurs et on s’est rendu compte que nos médicaments dépendaient de matières de base produites en Inde ou en Chine.

Mais la nécessaire relocalisation d’un certain nombre d’activités soulève aussi de nombreuses questions. Va-t-on encourager le repli sur soi, voire le nationalisme ? Va-t-on empêcher l’industrie française de gagner de nouveaux marchés ? Va-t-on affamer des peuples en limitant les exportations de céréales ? Ces questions ne doivent cependant pas nous empêcher de réfléchir à la manière dont ATTAC pourrait apporter sa contribution. Revenons d’abord sur ce qui explique une grande part des délocalisations opérées avant tout par les multinationales, à savoir la recherche de bas salaires et de faibles coûts de production. Pour contrer ces pratiques, sans nécessairement porter tort aux pays concernés, il faut d’une part exiger que les produits importés puissent répondre à certaines normes sociales et environnementales, et d’autre part taxer davantage leur transport (ce qui peut contribuer à limiter les émissions de CO2). Mais il faut aussi prôner des pratiques économiques, en particulier agricoles, qui valorisent le développement des pays pauvres en les protégeant d’importations à bas prix provenant des pays riches et faisant concurrence aux productions locales.

Les relocalisations soulèvent encore de multiples autres problèmes.

Comment par exemple contraindre les multinationales à ne pas trop découper leurs processus de production en plusieurs phases réparties dans différents pays ? Ce qui aboutit, dans le cas de l’automobile par exemple, à ce que plus aucune petite citadine de marque française ne soit entièrement fabriquée en France. Comment limiter les flux financiers qui contribuent à favoriser les actionnaires au détriment des salariés ? Ou encore comment arrêter la numérisation généralisée de la planète qui pourra à moyen terme provoquer la délocalisation de millions d’emplois tertiaires et qui donne aux GAFAM un grand pouvoir de nuisance ? Qu’elles viennent d’ATTAC ou non, les propositions pour taxer les richesses ou limiter le pouvoir des multinationales ne manquent pas, mais force est de constater que, même si certaines mesures paraissent aujourd’hui émerger, le pouvoir du capital reste intact…

La question de relocaliser certaines activités mérite donc largement d’être posée, même si elle peut être dévoyée. A nous de promouvoir des politiques qui favorisent le développement local tout en se prémunissant de l’avidité des banques  et des multinationales. On a bien réussi à réouvrir l’entreprise qui fabriquait des masques dans les Côtes d’Armor…

Passe sanitaire et libertés (Édito – septembre 2021)

Le passe sanitaire a été instauré dans l’été, après une parodie de débat parlementaire. Limité dans un premier temps aux lieux culturels, sportifs et de loisirs accueillant plus de 50 personnes, il a ensuite été étendu aux hôpitaux, bars, restaurants et grands centres commerciaux, puis à tous les salariés en contact avec du public.

Se soumettre régulièrement à des tests PCR n’étant pas réaliste sur la durée (d’autant qu’ils pourraient devenir payants), la mise en place du passe constitue dans les faits une obligation de vaccination qui ne dit pas son nom. Ne pas avoir le précieux sésame équivaut à renoncer à toute vie sociale et même, pour certains, professionnelle.

De plus, c’est un moyen pour le gouvernement de se défausser de ses prérogatives et de ses responsabilités sur des particuliers : cafetiers, restaurateurs, gérants de salles de cinéma, de théatre ou des sports, bibliothécaires, directeurs de maisons de retraite, employeurs, etc. Ce qui implique à la fois des contraintes et des coups importants pour ceux-ci, mais aussi une certaine inefficacité : d’une part faute de moyens pour certains de mettre en œuvre ces nouvelles obligations, d’autre part faute d’être autorisés – et c’est heureux – à contrôler les papiers d’identité.

Instauré initialement jusqu’au 30 septembre, il a été prolongé jusqu’au 15 novembre et nos dirigeants ont d’ores et déjà laissé entendre qu’il pourrait être reconduit au-delà. Ainsi s’habitue-t-on progressivement à l’idée d’être contrôlé dès que l’on sort de chez soi pour s’adonner à des activités aussi banales que la pratique d’un sport, un dîner au restaurant ou une sortie au cinéma.

Le fait que niveau de vie et taux de vaccination soient fortement corrélés rend cette mesure antisociale. Mais plus grave encore sont les possibles implications pour les travailleurs non vaccinés, avec des menaces de lourdes sanctions et un réel risque de perte d’emploi -particulièrement pour les CDD – ou de discrimination à l’embauche.

Par ailleurs, que ce soit à l’école, au travail ou dans la vie sociale au quotidien, dès lors que la vaccination n’est pas obligatoire, les restrictions imposées aux non-vaccinés instaurent de fait une discrimination qui pose des problèmes juridiques d’égalité devant la loi.

Une vaccination la plus large possible est probablement le meilleur rempart contre la pandémie. Mais faut-il pour autant, pour y  parvenir, instaurer un outil supplémentaire de fichage électronique dans une société par ailleurs déjà trop largement numérisée, tout en mettant à contribution, pour ce faire, des centaines de milliers de particuliers ?

CAC 40 et pandémie (Édito – juin 2021)

51 milliards d’euros distribués aux actionnaires des entreprises du CAC 40, l’équivalent des budgets cumulés des ministères de l’Écologie et de la Solidarité, voilà le bilan d’une année de pandémie avec blocage partiel de l’économie.

Que les riches profitent souvent des crises n’est plus une surprise pour grand monde, mais cette fois-ci on peut s’interroger plus particulièrement sur le rôle joué par l’État. En effet, les profits cumulés des entreprises du CAC 40 s’élevaient à 37 milliards d’euros en 2020, alors que les actionnaires ont perçu 51 milliards, soit 137 % du profit global. Voilà donc où sont passés une partie des aides de l’État et de l’argent injecté par la Banque Centrale Européenne pour soutenir la trésorerie des entreprises…

En 2005 les aides aux entreprises s’élevaient à 50 milliards, en 2015, elles atteignaient 150 milliards, et avec la crise sanitaire, des milliards ont été ajoutés aux milliards, non pas pour organiser une économie décarbonée et moins inégalitaire, mais pour préserver la rente… En fait, nous assistons à un détournement massif et incontrôlé de l’argent public pour satisfaire des intérêts privés. Il est plus que temps de mettre fin à cette situation !

Macron joue avec le feu (Édito – mai 2021)

Tout le monde se souvient de la manière dont Emmanuel Macron a réussi à se faire élire en s’opposant à Marine Le Pen. Il fallait éviter le pire, et lui se disait progressiste. Or, si le Front National, devenu Rassemblement National, a en grande partie construit sa popularité en stigmatisant les étrangers, Macron n’a pas non plus montré jusqu’à présent beaucoup de sollicitude à l’égard des migrants.

S’appuyant sur la politique sécuritaire de l’Europe, le gouvernement français n’a fait qu’aggraver au fil des mois les conditions d’accueil des exilés. Aujourd’hui encore, à la frontière italienne, à Calais ou à Paris, c’est l’hostilité qui prédomine à l’égard de ceux qui demandent l’asile. Le sort réservé aux mineurs non accompagnés est emblématique à cet égard. Alors que plusieurs associations viennent de saisir le Comité des droits de l’enfant de l’ONU pour réclamer une enquête sur les « violations graves et systématiques » de leurs droits en France, on assiste à une recrudescence des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) qui condamnent de jeunes migrants à abandonner leur apprentissage en cours… A moins d’un an de la présidentielle, alors que les ministres du Travail et de l’Education Nationale ont été interpellés, les préfets continuent à organiser l’expulsion de jeunes qui ne demandent qu’à étudier et travailler en France.

Tout semble donc indiquer que Macron a choisi de mener principalement sa campagne sur le terrain de prédilection du Rassemblement National : l’immigration. La loi « contre les séparatismes » est là pour le confirmer. En agissant ainsi, il risque fort de valider la politique de Marine Le Pen…  Contre cette logique, les forces démocratiques ont l’obligation d’agir pour contraindre l’État français à retrouver le chemin d’un accueil digne et humain des réfugiés.

Les jeunes sans-papiers meurthe-et-mosellans, lors du défilé du 1er mai

Projet de Loi Climat : copie à revoir (Édito – avril 2021)

Un des enseignements de la Marche pour le Climat du 28 mars, qui a réuni environ 130 000 manifestants au niveau national, est que les alertes lancées par le monde scientifique, climatologues en tête, quant aux terribles conséquences des changements climatiques en cours, ne sont pas encore suffisamment audibles.

La tentation est dès lors forte pour les responsables politiques de reporter à plus tard les indispensables mesures à prendre, dont certaines impopulaires, pour limiter l’impact de ces changements climatiques.

L’histoire nous apprend pourtant que ne pas agir avec fermeté à l’approche du danger, alors qu’il est encore temps de le faire, en tendant le dos dans l’espoir que l’orage passera au loin, n’est pas la solution. C’est ce qu’avaient faits les gouvernements français et anglais en abandonnant la Tchécoslovaquie à son sort lors des accords de Munich de 1938, et on sait les conséquences de leur … inconséquence. Hors, le danger qui nous guette aujourd’hui est potentiellement plus dévastateur encore que la menace brune d’alors, il s’agit ni plus ni moins de la survie de l’humanité sur une planète qui pourrait nous devenir hostile.

Force est de constater que le costume proposé par la Convention Citoyenne pour le Climat, en vue de nous protéger tant bien que mal des évolutions climatiques en cours, a été retaillé en string par le gouvernement dans le projet de Loi Climat et Résilience actuellement examiné au Parlement.

Le 9 mai prochain, en amplifiant la mobilisation du 28 mars qui constituait déjà un premier palier, nous pouvons amener les parlementaires à amender significativement le projet de loi. Ils se hisseraient ainsi à la hauteur des enjeux et nous éviteraient le spectre d’un Munich climatique.

Mais une telle loi, ossature d’une politique de combat contre les dérèglements climatiques, ne sera pleinement efficace que si elle obtient l’adhésion du plus grand nombre, ce qui ne saurait se faire sans allier justice sociale et justice climatique. Isoler les passoires thermiques pour apporter aux plus modestes économie et confort, revoir notre modèle agricole pour réduire son empreinte climatique et environnementale et permettre ainsi à chacun d’accéder à une nourriture de qualité, mettre en place une politique industrielle visant, grâce à la formation professionnelle, à reconvertir la plupart des entreprises des secteurs les plus polluants sont des exemples de mesures et orientations qui iraient dans ce sens.