ATTAC-54

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Catégorie : Éditoriaux

Quelle France souhaitons-nous ? Celle de la LIBERTÉ, de l’ÉGALITÉ et de la FRATERNITÉ ! (Édito – décembre 2025)

Décembre est un mois où les projets humains, culturels, environnementaux et sanitaires prennent une dimension particulière, surtout quand ils se veulent porteurs d’espoirs.

La succession de dates symboliques nous invite à réfléchir à ce qui fait société. Décembre exalte des causes universelles au travers des journées internationales de lutte contre le sida, pour l’abolition de l’esclavage, pour les droits des personnes handicapées, pour le soutien auvolontariat, contre la corruption, pour les droits humains… Sans même évoquer le solstice d’hiver qui marque le retour de la lumière après les jours les plus sombres de l’année.

Et puis, et puis le 18 décembre il y a la journée internationale des migrants, suivie deux jours plus tard par la journée internationale de la solidarité, qui encourage la coopération, le partage et l’unité face aux grands défis mondiaux : inégalités, pauvreté, conflits, climat, environnement.

Il est essentiel de marquer ces  deux dates de notre mobilisation.

Pourquoi essentiel ? Parce que l’État et ses préfectures – en Meurthe-et-Moselle comme partout ailleurs – affichent de manière décomplexée leur rejet d’une politique d’accueil des migrants digne de ce nom et leur complaisance envers une idéologie qui se droitise à l’extrême.

Parce que même le Conseil Départemental, depuis le début du mois de décembre, a expulsé une dizaine de jeunes dont il met en doute la minorité. Dix jeunes expulsés, ce sont dix enfants que l’autorité départementale met à la rue pendant de longs mois… Jusqu’à ce qu’un juge considère, finalement, que ces enfants sont bel et bien mineurs (c’est ce qui arrive pour la moitié d’entre eux).

Enfin, parce que même la municipalité de Nancy refuse le moindre prêt de matériel aux organisateurs d’un buffet solidaire le 20 décembre* : pas une table, pas une guirlande, pas d’accès à l’électricité…

NB : Nous redoutons l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en France ? Alors agissons sans frilosité, résistons ouvertement.

* Retrouvez nous ce samedi 20 décembre sous l’Arc Héré (entre la place Stanislas et la place Carrière) entre 17h30 et 19h30, pour un grand buffet solidaire en mode auberge espagnole (sans alcool et sans porc, merci)

80 ans après sa création : défendre et élargir la Sécurité sociale (Édito – novembre 2025)

En 1945, les forces de progrès avaient décidé de relever le pays, mais aussi, avec la création de la Sécurité sociale, exprimé la volonté de mettre en place un projet politique radical. Il s’agissait de soustraire à l’arbitraire du marché l’assurance-maladie, la retraite, les accidents du travail, l’aide aux familles.

Mais au fil des années les tenants du tout-marché se sont efforcés de combattre ce dispositif fondé sur la solidarité. Ainsi depuis les années 1990, cette Sécurité sociale a été mise à mal par les politiques économiques néolibérales. Cela s’est traduit par un détournement des cotisations au profit de l’État, des déremboursements croissants, des privatisations rampantes et la casse des hôpitaux publics.

Aujourd’hui il faut, bien sûr, résister à cette politique néfaste, mais il faut aller plus loin. Denouveaux enjeux relevant de la solidarité sont apparus, il faut donc élargir le champ de la Sécurité sociale : protection du jeune âge, prise en charge de la dépendance, mais aussi, en convergence avec les luttes écologistes, création d’une Sécurité sociale de l’alimentation et du logement.

Oui, il faut faire la démonstration que la Sécurité sociale reste toujours porteuse d’un projet politique radical et démocratique. ATTAC entend y contribuer.

Le budget Lecornu (Édito – octobre 2025)

Un budget sucré/salé ? C’est ce qu’a annoncé Sébastien Lecornu en ouverture de la discussion budgétaire, recourant donc au lexique gustatif… peut-être assez malvenu pour parler de ce qui ne donne pas tellement envie de saliver. Donc, du sucré et du salé. Une mesure « sucrée » avec la suspension de la réforme des retraites, des mesures « salées » avec des tours de vis sociaux et des hausses d’impôts.

Mais, quitte à rester dans la métaphore gustative, le sucré ne vaut pas mieux que ces faux sucres qui firent fureur un temps, puisqu’il ne s’agit que d’une suspension… Ce qui signifie que dans un avenir qu’on devine très proche, cette réforme des retraites dont une large majorité des Français.e.s ne veut pas nous sera imposée et que nous n’aurons pour seule alternative que d’acquiescer ou dire oui. Donc en fait il n’y a que du salé dans ce budget : une réforme des retraites qui plane, toute prête à s’abattre à la première occasion, des tours de vis sociaux et des hausses d’impôts… Encore que le terme « salé » est tout à fait injuste pour ce condiment essentiel : imagine-t-on une seconde un roquefort sans sel, des pâtes sans huile d’olive ni… sel ?

Certes, le déficit ne baisse pas et la dette augmente. Mais comment avons-nous pu passer d’un montant de dette de 2.200 milliards en 2017 (année où Emmanuel Macron a succédé à François Hollande) à 3.300 milliards aujourd’hui ? Bref, comment avons-nous pu augmenter notre dette de 50 % durant les années Macron ? Certes il y a eu la période Covid et son « quoi qu’il en coûte », mais seuls 165 milliards lui sont imputables.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Au point que notre budget semble n’avoir pour fonction que d’éponger une dette abyssale en taillant dans le social et l’écologie.

En juin dernier un rapport sénatorial a dévoilé le premier, le tout premier poste de dépenses de l’État. L’aide aux plus démunis ? Allons, point de fausse naïveté ! Alors les armées ? Après tout, la guerre est, pour ainsi dire, à nos portes et nous avons un devoir de solidarité à l’égard du peuple ukrainien. On avait dit : point de fausse naïveté ! L’éducation ? La santé ? En particulier la santé mentale des jeunes déclarée grande cause nationale ? Eh bien, non.

Le tout premier poste de dépenses de l’État, c’est l’aide aux entreprises, à raison de 211 milliards d’euros annuels. Aux grandes entreprises, pour l’essentiel. De l’argent facile, versé sans aucun contrôle, et dont on peine à croire qu’il serve à  créer des emplois ou augmenter les salaires.

L’hôpital, l’école, les transports, l’écologie, la justice se partagent un peu plus de 300 milliards alors qu’aucun de ces cinq secteurs (pour ne citer qu’eux) ne va bien, alors que l’hôpital suffoque, que l’école est à la peine, que nos dirigeants n’ont cure de l’écologie qui devrait être une urgence absolue, vitale, essentielle !

Donc les impôts vont augmenter. Très bien ! Nous, à ATTAC, on est pour l’impôt ! pour la participation de tous et toutes à l’effort commun ! mais à proportion des moyens de chacun et chacune, bien sûr. C’est ce « bien sûr » qui semble faire furieusement défaut à nos dirigeants. Car quel est le taux effectif d’imposition des Français.e.s ? Tout dépend de « selon que vous serez puissant ou misérable » (eh oui, les choses n’ont guère évolué depuis La Fontaine). Si on prend en compte l’ensemble des revenus des ménages français, voilà comment « l’effort commun » se répartit : les 370 ménages les plus riches de France payent 27 % de leurs revenus ; les ménages des classes moyennes et populaires payent… 52 % de leurs revenus.

En clair : si vous êtes riche, vous payez proportionnellement deux fois moins que si vous êtes pauvre. Inversé, ça donne ça : si vous êtes pauvre, on vous demande de vous priver de ce qui vous est nécessaire, si vous êtes riche, on entame à peine votre superflu.

Non, ce budget n’est ni salé, ni sucré, il est juste indigeste.

Zucman vs Arnault (Édito – septembre 2025)

« Il s’agit d’une volonté clairement formulée de mettre à terre l’économie française… Une idéologie qui vise la destruction de l’économie libérale, la seule qui fonctionne pour le bien de tous… »

Qui est donc ce dangereux illuminé qui veut mettre à terre l’économie française ? Bigre, rien que ça… Celui qui provoque ainsi l’ire de Bernard Arnault, première fortune de France, est l’économiste Gabriel Zucman qui propose un impôt plancher de 2 % du montant de la fortune des foyers fiscaux disposant de plus de 100 millions d’euros de patrimoine. Cela permettrait, selon Gabriel Zucman, d’établir davantage de justice fiscale dans un pays où, contrairement à ce qu’on entend souvent, les citoyen.ne.s sont globalement disposé.e.s à participer à l’effort commun par l’impôt, à la condition que cet effort soit équitablement réparti. Or le sentiment général est que ce sont toujours les plus modestes qu’on taxe et qui s’appauvrissent, cependant que les plus riches continuent de s’enrichir tout en payant des impôts symboliques, eu égard à leur fortune. Ce sentiment est malheureusement étayé par les faits :

  • les 500 plus grandes fortunes de France ont vu leur patrimoine progresser trois fois plus rapidement que la richesse nationale, jusqu’à représenter aujourd’hui 40 % du PIB, contre 6 % en 1996 (selon le magazine Challenges, cité par Le Monde du 21 septembre dernier).
  • Les milliardaires paient proportionnellement deux fois moins d’impôts que la moyenne des Français, état de fait très dangereux pour notre démocratie : cela  provoque ce qu’on appelle un « ras-le-bol fiscal », qui entraîne des promesses politiques de réduction des impôts, donc des services publics au rabais, des reculades sociales, et donc… un contexte délétère dont le RN ne peut que tirer avantage.

Ce qui apparaît comme une mesure de bon sens, – s’assurer que les citoyens les plus riches paient un minimum de 2 % de leur fortune –, qui pourrait rapporter 20 à 25 milliards d’euros par an et permettrait d’apurer une partie de la dette française, d’avoir des services publics dignes de ce nom, d’assurer une vraie transition écologique, serait donc « une volonté clairement formulée de mettre à terre l’économie française… l’économie libérale, la seule qui fonctionne pour le bien de tous… » ?

Non Monsieur Arnault, l’économie libérale ne fonctionne pas pour le bien de tous, elle fonctionne pour le bien de certains, dont vous êtes. L’économie libérale détruit des vies chaque jour. Pas la vôtre, certes. Mais nous vivons dans un système que nous ne pouvons plus accepter, un système profondément inégalitaire et injuste qui ne profite qu’à certains. Prélever ces petits 2 % de votre gigantesque patrimoine ne serait qu’une application de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Et il y a urgence ! Notre société est en danger d’explosion.

Offensive contre l’environnement à Bruxelles, Paris et Strasbourg (Édito – été 2025)

Alors qu’on s’attendait à une résistance de l’Europe face aux déréglementations voulues par Trump à propos du climat et de l’écologie, on assiste au contraire à une remise en cause de certaines règles qui vont dans le même sens que celles mises en œuvre par le président américain. Ainsi, de manière inattendue, la Commission européenne a sabordé quatre textes du Pacte vert qu’elle avait elle-même défendus au cours de son précédent mandat. Au prétexte de « renforcer la compétitivité des entreprises »,  il est prévu par exemple de revenir sur « le devoir de vigilance » qui devait contraindre les entreprises à lutter contre la violation des droits humains et les dégâts environnementaux. Ce qui est moins surprenant, c’est que le Parlement européen, dominé par la droite, a emboîté le pas à cette volonté de « simplifier les normes ». Quant aux députés socialistes français, ils n’ont même pas eu le courage de s’y opposer frontalement. C’est cette même logique que l’on retrouve en France à l’Assemblée nationale dans le projet gouvernemental de « simplification de la vie économique ». Toutes les mesures prévues par ce texte n’ont pas encore été complètement validées, mais on peut d’ores et déjà relever la satisfaction de la droite sur bon nombre de points : proposition de réouverture du chantier de l’ A69, dévoiement de « l’objectif de zéro artificialisation des sols » par des amendements qui le vident de sa substance, propositions d’amendements contre l’Office français de la biodiversité et l’Agence de la transition écologique.

Bien que les indicateurs concernant le dérèglement climatique soient tous au rouge, une majorité de députés, à Paris comme à Strasbourg, ont décidé de revenir sur les récentes avancées réglementaires en matière d’écologie. Il reste donc au mouvement social et aux ONG à préparer la riposte qui nous évitera le pire.

Quel protectionnisme choisir ? (Édito – mai 2025)

Le second mandat de Trump est fortement marqué par la volonté de protéger l’économie américaine en taxant fortement les importations, en particulier celles provenant de Chine. L’Union européenne, qui s’est toujours présentée comme le premier défenseur du libéralisme, a bien été obligée de reconsidérer sa politique économique… Aujourd’hui, les progressistes, qui ont souvent du mal à se réclamer du protectionnisme de crainte d’être assimilés aux nationalistes et autres extrémistes de droite, doivent eux aussi se positionner. Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au CNRS, relève trois raisons qui peuvent être invoquées pour justifier le protectionnisme : l’indépendance en matière de produits stratégiques, l’environnement et la protection des emplois des ouvriers. ATTAC, qui s’est toujours opposée aux traités de libre échange, peut facilement se reconnaître dans cette démarche et soutenir le principe des relocalisations industrielles. Cependant, il faut prendre garde à ne pas en rester à un souverainisme européen qui s’opposerait simplement au souverainisme américain, voire chinois. Il faut promouvoir un « protectionnisme solidaire » fondé sur des coopérations avec des pays d‘Amérique du Sud, d’Afrique ou d’Asie qui sont eux aussi affectés par la guerre commerciale de Trump. Même s’il n’est pas toujours facile d’instaurer des échanges fondés sur la solidarité et l’équité internationale, la réduction des inégalités sociales et la préservation de l’environnement.

Le « pouvoir des juges » contre le peuple ? (Édito – avril 2025)

Le jugement qui a été prononcé à l’encontre des parlementaires du RN et particulièrement de Marine Le Pen a suscité bien des réactions dans le monde politique. Au RN on a crié au « déni de démocratie », tandis que le premier ministre se disait troublé… On voudrait faire de cette décision judiciaire une décision politique visant à empêcher Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. On a donc beaucoup parlé d’inéligibilité et d’exécution provisoire, mais on a un peu oublié le fond du dossier : c’est d’abord une affaire de détournement de fonds publics. Alors que depuis quelques années tout le monde, et en particulier le RN, appelle à la moralisation de la vie politique, on ne saurait admettre que ce jugement soit un prétexte pour dénoncer une prétendue « tyrannie des juges »… Il faut, certes, faire remarquer que les accusés sont présumés innocents jusqu’à épuisement des voies de recours, mais il faut aussi dire haut et fort que les textes de loi sont faits pour être appliqués pour tout le monde, y compris pour les personnalités politiques de premier plan. Finalement le RN, et pas seulement lui, voudrait remettre en cause l’état de droit en opposant les décisions judiciaires à la « souveraineté populaire ». Accepter dans ces conditions que des parlementaires, voire des membres du gouvernement, puissent critiquer une décision de justice reviendrait tout simplement à remettre en cause un principe de base de notre démocratie : la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

8 mars, journée internationale des droits des femmes (Édito : mars 2025)

Le 8 mars 2025 a eu lieu, comme tous les 8 mars depuis 1977 (date de son officialisation par les Nations Unies), la journée internationale des droits des femmes.

Depuis 1977 ? Depuis… 48 ans donc. Que s’est-il objectivement passé dans ce laps de temps en termes d’avancée des droits des femmes ? En vrac : les femmes sont entrées à l’Académie française, au Panthéon, des femmes ont été Première ministre, le viol a été criminalisé, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes a été inscrite dans la loi, de même que la parité hommes/femmes en politique, le congé parental est accessible à chacun des époux à égalité, les noms de métier sont féminisés, le congé de paternité est de droit, le nom de famille est choisi librement par le couple, MeToo a mis quelques pendules à l’heure, les couples de femmes ont accès à la PMA, le droit à l’IVG est inscrit dans la Constitution française, etc.

Alors, non, on ne peut pas dire que la cause des femmes ne progresse pas. Non, bien sûr que non. Et pourtant… L’égalité des salaires n’est pas pour demain, y compris dans la fonction publique où le plafond de verre interdit une égalité de fait, même si elle est inscrite officiellement dans les barèmes. Le harcèlement de rue est un sport toujours très en vogue. Trop de femmes continuent à mourir sous les coups d’hommes qui ne comprennent pas qu’une femme puisse être libre. Au quotidien la charge mentale domestique est toujours assumée pour l’essentiel par les femmes, ce qui les pénalise professionnellement, etc.

Alors, non, on ne peut pas davantage dire que la cause des femmes a progressé comme elle l’aurait dû. Non, bien sûr que non. Le chemin est encore très long, les retours de balancier sont, seront très violents : avec des masculinistes tels que Trump, Vance, Poutine et d’autres, on n’a pas fini de rigoler… L’invisibilisation des femmes est encore trop souvent une réalité et la culture du petit coq chez nombre de jeunes, moins jeunes, vieux, est malheureusement loin d’avoir disparu.

Faut-il se désespérer pour autant ? Non, toujours non, mais cent fois sur le métier remettre son ouvrage : éduquer, éduquer, éduquer nos jeunes, les garçons comme les filles. Ne pas se laisser impressionner par les attaques sournoises des fachos – « L’éducation sexuelle à l’école ? C’est dangereux ! On apprend aux garçons qu’ils sont des filles ! » , fachos qui ont de la dignité de la femme une idée… très personnelle. Ne pas accepter les attaques tout aussi sournoises du capitalisme… Eh oui, genrer les jeux par exemple, c’est deux fois plus de ventes ! Pareil pour les objets du quotidien : des rasoirs pour femmes qui coûtent deux fois plus cher que ceux pour les hommes… pour exactement le même service rendu : couper un poil.

Le combat est encore long, mais il vaut la peine : un monde débarrassé du patriarcat, du capitalisme, du fascisme, ça vous dit ?

Qui sont les irresponsables ? (Édito – février 2025)

Alors qu’on nous a beaucoup parlé de responsabilité pour justifier le vote du budget, il faut s’interroger sur la manière dont certains préparent, consciemment ou non, l’arrivée au pouvoir du RN. Ainsi, en parlant de « submersion migratoire », François Bayrou n’a pas hésité à reprendre le vocabulaire qu’avaient utilisé Marine Le Pen et son père. Puis il a imposé par le « 49-3 » un budget de la Sécurité Sociale qui réduit le financement de l’Aide Médicale d’État, et encouragé Bruno Retailleau à produire une circulaire qui durcit les conditions de régularisation des sans-papiers (dorénavant il faudra être en France depuis au moins 7 ans sans avoir fait l’objet d’une OQTF et parler français pour prétendre à une régularisation). Pour compléter le tableau, le groupe Les Républicains a déposé une proposition de loi remettant en cause « le droit du sol » à Mayotte, et François Bayrou proposait d’organiser un débat sur l’identité nationale, en attendant sans doute de présenter bientôt un nouveau projet de loi sur l’immigration. En fin de compte, alors que l’année 2024 a vu le nombre de régularisations baisser de 10 % et celui des expulsions augmenter de 27%, Retailleau et Darmanin encouragent le racisme et la xénophobie sans craindre de voir le RN en profiter. Est-ce le prix à payer pour maintenir ce gouvernement en place ?

Pour la justice fiscale (Édito – janvier 2025)

Comme son prédécesseur, François Bayrou propose pour 2025 un budget qui se traduit par une baisse des dépenses publiques à un niveau jamais atteint. Reprenant à son compte une grande partie du budget du gouvernement Barnier pourtant censuré, il a expliqué qu’il comptait « mobiliser l’équivalent de 30 milliards de baisse des dépenses pour cette année». Cela accélèrerait la dégradation des services publics, alors qu’ils constituent l’un des principaux remèdes contre l’aggravation des inégalités… Avec des recettes fiscales supplémentaires de 20 milliards d’euros dont 10 milliards de contributions exceptionnelles demandés aux grandes entreprises et aux plus riches, il veut nous faire croire que les efforts seront partagés et qu’ainsi notre avenir et celui du pays seront préservés.

En fait, depuis 2017, Macron a mené une politique visant à privilégier les grandes entreprises et les plus riches au détriment de la très grande majorité des Français. C’est avec ces cadeaux qu’il a aggravé la dette publique avec comme principale solution le sacrifice des services publics… S’il faut dans un premier temps rappeler que la dette n’est pas seulement une charge (elle a comme contrepartie des actifs : infrastrutures, hôpitaux, «écoles, etc.), il faut surtout – et ATTAC peut y contribuer – que s’engage un vrai débat citoyen débouchant sur des mesures de justice fiscale. Alors qu’il ne manque pas de politiciens pour demander régulièrement une baisse des impôts et des cotisations sociales, qu’ils rebaptisent « charges » pour mieux les dénigrer, il faut travailler à recréer le « consentement à l’impôt ».* C’est la condition nécessaire pour combattre les inégalités et mettre en œuvre une démarche qui réponde aux besoins de la population en préservant l’environnement.

* De nombreuses pistes existent pour promouvoir l’égalité devant l’impôt : imposer le patrimoine de manière juste et efficace ; mettre fin aux privilèges fiscaux, surtout s’ils sont nuisibles à l’environnement ; imposer davantage les superprofits et les superdividendes ; mettre en place une véritable taxe sur les transactions financières et augmenter l’imposition des multinationales au sein de l’Union européenne ; renforcer à tous les niveaux les moyens de lutte contre les différentes formes d’évasion et de fraude fiscales.