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Piratage

Le site que vous êtes en train de consulter a été piraté en février dernier par un énigmatique « Mr Green », ce qui l’avait rendu inaccessible. La situation a maintenant été rétablie, et nous sommes heureux de pouvoir enfin vous proposer à nouveau nos articles. Bonne lecture.

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David contre Goliath : le retour de la loi Duplomb ? (Édito – été 2026)

Quand on évoque le combat de David contre Goliath, on voit très bien le petit qui, contre toute attente, l’emporte sur le gros costaud. Alors, avec la loi Duplomb, quelle sera l’issue du combat ? Le 10 juillet 2025, deux jours après l’adoption par le Parlement de cette loi dont les effets délétères sur l’environnement sont évidents, Éléonore Pattery, étudiante inconnue de 23 ans, lance une pétition pour son abrogation sur le très officiel site de l’Assemblée nationale. Car cette loi, entre autres joyeusetés, autorise la réintroduction de certains pesticides interdits jusque-là, notamment des néonicotinoïdes toxiques pour la santé humaine et pour les abeilles – sans lesquelles nous cesserons définitivement de faire les malins quand elles seront toutes occises puisque c’est en grande partie grâce à elles que nous mangeons… En outre, elle affaiblit nombre de protections environnementales obtenues de haute lutte (facilitation des « mégabassines », agrandissement des élevages, etc.). Les citoyen.ne.s répondent en masse à la pétition de cette inconnue, animé.e.s par un sentiment d’urgence, et en à peine quelques semaines, plus de deux millions de signatures sont récoltées.

Car nombreux sont ceux qui commencent à se rendre compte de certaines réalités tues jusqu’à présent, comme le fait que l’augmentation des cancers n’est pas seulement due à notre consommation excessive de malbouffe, d’alcool, de tabac, à notre manque d’activité physique – façon de nous dire que nous sommes bien coupables de tomber malades –, mais à l’air que nous respirons, à la terre polluée où poussent les végétaux que nous consommons, à l’eau viciée où sont pêchés les poissons que nous mangeons… Et ça, ça ne plaît pas à nos puissants, parce que ça signifie que les vrais coupables, ce sont eux, qui forent à tout va, donnent leur bénédiction aux agrandissements d’élevages plus polluants les uns que les autres, autorisent l’usage de pesticides qui nous empoisonnent… Ça ne leur plaît pas, à nos puissants, qu’une gamine leur lance au visage que leur loi écocide, les citoyen.ne.s n’en veulent pas. Ça ne leur plaît pas, à nos gros Goliath pollueurs, indifférents à notre bien-être, voire à notre simple survie, qui veulent avoir le dernier mot. Et ce sont les mêmes qui iront nous dire que notre recours aux services de santé est excessifs, que nous coûtons cher à la société, que notre cancer, nous l’avons bien cherché…

Eh oui, parce que cette foutue loi Duplomb qui aurait dû tomber dans les oubliettes – en respectant la volonté citoyenne clairement exprimée – n’a pas été abrogée. Quant à la pétition, elle a simplement fait l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale le 11 février dernier, mais sans vote ni effet contraignant. En clair : polluez, polluez, polluez, et asseyez-vous sur le respect de la volonté citoyenne, sur les mises en garde de plus en plus alarmantes d’experts qui n’ont rien de farfelu sur l’air, la terre, l’eau de plus en plus pollués… Ce navrant épisode montre une fois de plus que nos dirigeant.es se soucient d’écologie et de démocratie comme de leur première Blédine.

Mais ce n’est pas fini… Car le Conseil constitutionnel a censuré l’une des mesures les plus contestées, qui autorisait des dérogations à l’interdiction de plusieurs pesticides de la famille des néonicotinoïdes. Il a estimé en effet que cette mesure priverait « de garanties légales le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ». En fidèle serviteur de l’agro-industrie et de l’agrochimie, le sénateur Duplomb a donc déposé une nouvelle proposition de loi identique à la première pour la réintégrer.

Faut-il pour autant baisser les bras en nous désespérant du cynisme de nos élites ? Non, mille fois non : David n’est pas mort, le voilà reparti au combat avec une nouvelle pétition intitulée « Non, c’est Non, Monsieur Duplomb ! », pétition qui, à ce jour, a déjà recueilli plus de 424 000 signatures*. Soyons nombreux.ses à signer, et à la fin… David l’emportera peut-être. Grâce à nous toutes et tous !

* Non c’est Non, Monsieur Duplomb ! – Plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale

Le « contre-budget » du RN : ultralibéral et antisocial

Trente-six. C’est le nombre de milliards d’euros d’économies que le Rassemblement National propose de faire dans son « contre-budget » présenté en octobre dernier. Dans l’infolettre de novembre 2025, nous en avions déjà décortiqué le volet écologie, pour arriver à la conclusion que « le RN est le premier parti anti-écologique de France ». Examinons-en d’un peu plus près quelques aspects économiques et sociaux.

Le RN a en ligne de mire l’élection présidentielle de 2027 et veut donc, avec cette proposition de budget, donner des gages de sérieux. Mais cela l’amène à se découvrir et à étaler au grand jour ses vraies priorités. Et là, on n’est guère surpris : en faisant preuve de cohérence sur ses fondamentaux, notamment son tropisme ultralibéral, xénophobe et anti-européen, le RN est bien là où on l’attend…

Si les baisses d’impôts – qui contribueront à l’affaiblissement des services publics dont les plus fragiles sont les premiers bénéficiaires – concernent surtout les classes moyennes et les entreprises – même celles qui en fin d’année distribuent de généreux dividendes à leurs actionnaires –, la mise à contribution des plus aisés n’est guère de mise. Taxer les riches ne fait pas partie de l’ADN du RN.

Par ailleurs, une véritable saignée est prévue dans les dépenses de l’État. Le coup de rabot est particulièrement sévère pour les associations, ce qui revient in fine à cibler les plus précaires, notamment les immigrés. Auxquels, d’ailleurs, on refuserait l’Aide Médicale d’État (AME) pour la remplacer par une Aide Médicale d’Urgence (AMU), par définition bien plus restrictive. Plus d’un tiers des économies prévues se feraient sur le dos de l’immigration. On reconnait là le vrai Front… euh… Rassemblement National ! Précisons que la référence récurrente à la « préférence nationale » pour justifier certaines mesures se heurterait à l’esprit et au texte de notre Constitution, ainsi qu’aux règles et aux lois européennes.

Sont ciblées aussi les dépenses « ne relevant pas de l’intérêt général », formule suffisamment vague pour permettre de tailler à coups de serpe dans les domaines – solidarité, écologie, féminisme – où la société civile et les services de l’État œuvrent à rebrousse-poil de l’idéologie d’extrême droite. Environ quatre-vingt agences ou opérateurs de l’État seraient ainsi supprimés en cas d’arrivée au pouvoir du RN en 2027.

Quant à l’Union européenne, elle n’est pas – et n’a jamais été – dans les bonnes grâces du RN, qui la verrait bien remplacée par une « Europe des nations », version minimaliste de l’actuelle Union.

D’où la forte baisse de la contribution française prévue dans le contre-budget. Cette conception lepéniste de l’Europe présentera cependant un sérieux inconvénient pour le RN : il lui sera plus difficile d’en détourner illégalement les subsides au profit de ses propres intérêts…

Les choix budgétaires prévus dans ce contre-budget sont sans conteste ceux d’un parti antisocial et ultralibéral. Tout l’inverse de l’image que le RN veut donner de lui…

Conférence de Cécile Renouard : Le progrès a-t-il un sens ?

Le 1er avril dernier, Cécile Renouard, philosophe, enseignante, auteure de plusieurs ouvrages sur la responsabilité éthique des entreprises, présidente du Campus de la Transition (https://www.campus-transition.org/fr/), est venue à Nancy pour une conférence intitulée : Le progrès a-t-il un sens ? En s’appuyant sur son expérience personnelle du Campus de la Transition, elle a essayé de dresser le tableau d’un horizon du bien-vivre ensemble dans le cadre d’une transition réussie, les moyens d’action devant partir du local pour atteindre le global. De nouveau indicateurs doivent permettre de construire des récits acceptables et désirables pour l’ensemble de l’humanité.

La conférence était organisée par un collectif de structures dont Attac-54 faisait partie.

Voici le pdf de la présentation de Cécile Renouard.

Droit à la citoyenneté (Édito – février 2026)

En cette période électorale, apprêtons-nous à subir un assaut de discours et d’écrits mettant l’accent sur « les valeurs de la République » et la citoyenneté. Des responsables politiques comme Retailleau ou Le Pen, qui remettent en cause l’État de Droit ne manqueront pas de parler de laïcité, avec notamment le souci de pointer du doigt la religion musulmane. Nombreux seront les démagogues qui reprendront la formule « Liberté, Égalité, Fraternité » sans dénoncer les mesures autoritaires mises en œuvre sous Macron ni prendre en compte les inégalités sociales et les discriminations de toutes sortes qui ont cours dans notre pays. Concernant les étrangers n’appartenant pas à l’Union Européenne, les mêmes vont en faire des boucs émissaires qui abusent des droits sociaux et ne respectent pas les valeurs républicaines. Finalement, de nombreux hommes et femmes politiques insisteront sur le respect des devoirs auxquels sont assignés les étrangers, en faisant l’impasse sur leurs droits, en particulier sur le droit de vote aux élections locales.

Avant d’être élus, Mitterrand et Hollande s’étaient engagés à faire voter ce droit, mais ils n’ont pas tenu leur promesse, privant ainsi les étrangers non-européens  de leur qualité de citoyens.

Immigration et délinquance, est-ce vraiment si simple ?

Les hommes et femmes politiques qui axent leurs programmes sur la fermeture de nos frontières ont raison sur ce point : les immigrés et les étrangers sont surreprésentés dans les statistiques de la délinquance. Ils représentent 17 % des personnes mises en cause, 25 % des personnes en prison, alors qu’ils ne constituent que 8 % de la population. C’est un fait statistiquement avéré.

Oui, mais voilà : en s’appuyant sur des statistiques tout aussi avérées, on peut affirmer que les mangeurs de fondue savoyarde sont surreprésentés dans les statistiques des accidents de ski. Ou que les mangeurs de glace sont surreprésentés dans les statistiques des noyades.

Faut-il en conclure que :

  • étranger, immigré = délinquant,
  • fondu de fondue = accidenté,
  • amateur de glace = noyé ?

Donc qu’il faut arrêter l’immigration, mais aussi arrêter de manger des glaces, de se régaler de fondue ?

Voilà qui serait bien dommage pour les trois, d’autant plus que ce raisonnement repose sur un postulat erroné qui fait l’impasse sur ce qu’on appelle la troisième variable, celle qui fait le lien entre deux faits qui n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre. Car enfin, quel rapport peut-il bien y avoir entre une fondue savoyarde et un accident de ski ? entre une glace et une noyade ? entre un immigré et un délit ?

Ce rapport s’explique par la troisième variable : en hiver il fait froid, alors on mange des plats roboratifs tels que la fondue ; et comme il fait froid, il y a de la neige pour skier ; donc plein de monde sur les pistes de ski, ça fait forcément grimper les statistiques des accidents de ski…

De la même façon, en été, il fait chaud, alors on mange des glaces (ce qu’on ne fait pas forcément en hiver) ; et comme il fait chaud, on va se baigner (ce qu’on ne fait pas du tout en hiver à moins d’être parfaitement givré) ; donc davantage de baignades en été, ça fait forcément davantage de noyades.

Il est donc là, le lien entre deux faits avérés mais sans lien de cause à effet : ce n’est pas parce qu’on s’est régalé de fondue qu’on se retrouve avec la jambe dans le plâtre, mais c’est parce qu’il a fait froid que les deux faits se sont produits ; ce n’est pas parce qu’on s’est offert une triple boule vanille-chocolat-caramel* qu’on s’est noyé, mais c’est parce qu’il a fait chaud que les deux faits se sont produits.

Et c’est quoi, alors, la troisième variable qui fait le lien entre ces deux faits : être immigré, être surreprésenté dans les chiffres de la délinquance ?

Eh bien, il y a plusieurs « troisièmes variables » qui font le lien :

  • être un homme : 96 % des personnes en prison sont des hommes,
  • être jeune : 45 % des détenus ont entre 18 et 30 ans,
  • être pauvre : la pauvreté est nettement surreprésentée en prison par rapport à la population générale,
  • avoir un faible niveau d’études : plus de 90 % des détenus ont un niveau d’études inférieur au bac,
  • vivre dans des conditions dégradées (quartier difficile, logement insalubre, bruyant…).

Et donc, le voilà, le lien entre immigré et délinquance : quand vous êtes immigré, vous êtes plus souvent un homme pauvre, jeune et peu scolarisé que la moyenne de la population… Mais que vous soyez français depuis des générations ou que vous soyez arrivé en France il y a peu, si vous avez la malchance d’avoir ce combo perdant, vous avez un risque plus élevé de vous retrouver impliqué dans des actes délictueux. Que vous soyez immigré ou français dit « de souche ».

Parce que ce n’est pas la daronne de 50 ans qui émarge à 5.000 euros par mois qui va faire du grabuge dans la rue, qui va brûler des voitures, se livrer au trafic de drogue, ou à quelque règlement de compte. Non, la daronne de 50 ans qui vit dans un quartier coquet a d’autres chats à fouetter, entre ses dossiers à préparer pour le lendemain, son aîné qui se bat avec Parcoursup, son mari avec qui elle aimerait passer plus de temps… Qu’elle s’appelle Bérangère ou Fatima…

Donc, ce n’est pas l’immigration qui est source de délinquance. C’est un ensemble de facteurs délétères : pauvreté, faible niveau d’études, conditions de vie dégradées… et, osons l’affirmer, mauvaise éducation de nos garçons…

La solution est-elle alors de stopper l’immigration ? Ou de se doter de vraies politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion ? De restaurer le service public de l’Éducation nationale qui est tellement à la peine ? De lancer un vrai plan de réhabilitation des quartiers où il ne fait vraiment pas bon vivre ?

Qu’est-ce qu’on décide ? La fermeture de nos frontières avec un air de plus en plus irrespirable ? Ou une véritable amélioration des conditions de vie de toutes et tous, mais qui prendra du temps et demandera du courage sur le long terme ?

* ça marche aussi pour le triptyque café-noisette-pistache

La COP30 de Belém (Édito – janvier 2026)

En novembre dernier, les délégations de 194 pays se sont réunies durant deux semaines à Belém, au nord du Brésil, pour la COP30 (30e Conférence des Parties à la Convention de l’ONU sur le climat). Belém est la capitale de l’État du Para, deuxième État du Brésil par la taille, en plein cœur de l’Amazonie. L’Amazonie, exemple criant de ce qu’on appelle le fossé de l’ambition : d’un côté le président Lula parle de la protéger, notamment pour lutter contre la crise climatique (en effet la déforestation y réduit considérablement la biodiversité, affectant la régulation des émissions de CO2) ; d’un autre côté, son gouvernement y autorise de nouveaux forages pétroliers.

Or l’un des espoirs de cette COP était qu’il en sorte une feuille de route claire pour une transition juste vers les énergies renouvelables, pour l’abandon à terme des énergies fossiles qui nous mènent à une catastrophe annoncée et déjà bien entamée… Y est-on parvenu ? Pas vraiment, hélas…

L’accord qui est sorti de ces deux semaines de pourparlers entre les États participants ne contient pas les termes « combustibles fossiles », seul est mentionné le Consensus des Émirats arabes unis (engagement des Émirats en 2023, lors de la COP28 de Dubaï à « une transition hors des énergies fossiles »). Donc cet engagement pris il y a deux ans tient toujours, mais sans que le nouveau texte sorti de la COP30 ne fasse état de nouvelles avancées sur ce point.

Les projets fossiles se poursuivent, en particulier aux États-Unis (un des mots d’ordre de la campagne électorale de Donald Trump était : « Drill, baby, drill ! » Fore, chéri, fore !). Il est d’ailleurs à noter que pour la première fois depuis le lancement des COP en 1995, les États-Unis n’ont pas participé à celle de Belém, Donald Trump niant le changement climatique qu’il a qualifié de « plus grande arnaque jamais menée ».

Faut-il alors se désespérer, considérant que la COP30 n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau ? Non, même si cette COP ne sera pas celle d’une accélération de la lutte contre le dérèglement climatique, on peut quand même pousser un (petit) ouf de soulagement : l’attitude des États-Unis de Donald Trump n’a pas poussé les États participant à la COP30 à remettre en question la réalité du changement climatique et l’impérieuse nécessité d’agir.

Les mots, c’est bien. Les actes, c’est mieux. Surtout quand il y a urgence absolue.

Accord Mercosur-Union Européenne : le libre-échange contre la planète et les humains

Le 15 janvier 2026, l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) ont signé l’accord de libre-échange négocié depuis de nombreuses années, malgré l’opposition d’un grand nombre d’Européens, notamment de la majorité des agriculteurs français. Face aux mobilisations agricoles et citoyennes, Emmanuel Macron, pourtant partisan convaincu et acteur des politiques néo-libérales, a voté contre sa ratification par l’Union européenne. Pure hypocrisie ! Ce chantre du libre-échange savait pertinemment que son vote serait minoritaire et ne présentait aucun risque d’empêcher, ni même de freiner le processus de validation de cet accord. D’ailleurs, depuis la conclusion de celui-ci en 2019, et malgré les promesses présidentielles et gouvernementales, la France n’a rien fait pour en modifier le contenu initial, ni pour faire respecter les « lignes rouges » qu’elle avait elle-même fixées : pas d’augmentation de la déforestation, conformité avec l’Accord de Paris sur le climat, respect des normes sanitaires et environnementales pour les produits agroalimentaires importés du Mercosur. Or, les conséquences de l’accord, s’il est appliqué, seraient dévastatrices pour l’agriculture paysanne, mais aussi pour les écosystèmes et le climat.

En premier lieu, cet accord constitue une menace sur les filières économiques les plus fragiles des deux côtés de l’Atlantique. Comme tous les accords de libre-échange, dont le but est de stimuler la croissance des pays signataires en favorisant leurs échanges commerciaux, il met en concurrence les producteurs et entreprises des pays signataires. Or la croissance des exportations de produits agricoles du Mercosur vers l’Europe – notamment de viande, mais aussi d’autres produits agroalimentaires – n’apportera rien aux paysans sud-américains : elle profitera surtout aux grandes exploitations. En revanche, elle mettra en difficulté les éleveurs européens confrontés à la concurrence de ces dernières qui, de surcroît, ne sont pas soumises aux mêmes règles qu’eux.  

En effet, les normes sociales, sanitaires et environnementales en vigueur dans l’Union européenne sont généralement plus exigeantes que dans les pays du Mercosur. Or, rien dans l’accord ne garantit que seuls des produits réalisés dans des conditions de production similaires et selon des normes équivalentes pourront être importés en Europe. Pour que ce soit encore plus clair, une « annexe sur le développement durable », censée rassurer les opposants et désarmer les critiques, rappelle que toute partie prenante à l’accord ne pourrait « appliquer le droit de l’environnement et le droit du travail d’une manière qui constituerait une restriction déguisée au commerce ». Tout est dit : le droit du commerce l’emporte sur toute autre considération.

Du côté européen, les entreprises du secteur automobile voient dans cet accord la possibilité de vendre dans les pays du Mercosur les voitures thermiques qu’ils ne pourraient plus commercialiser en Europe après 2035. Celles de la chimie y voient un moyen de continuer à écouler des pesticides et autres produits dangereux pour la santé qui sont ou seront interdits d’utilisation dans l’UE. Autrement dit, il s’agit d’exporter de la pollution et des poisons – qui d’ailleurs, pour ces derniers, reviendront dans nos assiettes par le biais des produits importés.

Un autre effet des accords de libre-échange est la multiplication des transports internationaux de marchandises, ce qui contribue inévitablement à augmenter les émissions de gaz à effet de serre (GES). D’énormes bateaux porte-conteneurs ou des avions-cargos transportent sur des dizaines de milliers de kilomètres des marchandises pourtant déjà produites ou susceptibles de l’être dans les pays de destination. Il arrive même que des objets ou des composants fabriqués sur un continent soient assemblés dans un autre, éventuellement conditionnés ailleurs, puis reviennent au point de départ comme produits finis pour être mis sur le marché…

S’agissant plus spécifiquement du Mercosur, l’augmentation de la production agricole, notamment de viande bovine, pour répondre à la croissance des exportations vers l’Europe, va nécessairement accélérer la déforestation : l’un des moteurs importants de ce phénomène en Amazonie est l’accroissement des surfaces agricoles affectées au pâturage du bétail. Le rapport de la commission Ambec, remis au Premier ministre en 2020, conclut à une accélération de la déforestation annuelle de l’ordre de 5 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Cette accélération contribuera à la dégradation du climat mondial et à la diminution de la biodiversité.

Cet accord néolibéral d’un autre temps, qui ne profite qu’à l’agro-business et aux multinationales au détriment des agriculteurs, de la santé publique et du climat, ne doit pas être mis en œuvre. Le libre-échange ne peut pas, et ne doit plus être, le principe qui guide l’Union européenne en matière de politique commerciale. Il est au contraire urgent de réduire notre dépendance aux marchés mondiaux, tant pour nos importations que pour nos exportations.

Comme l’ont écrit récemment une trentaine d’organisations, dont Attac-France, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron : « Nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Donald Trump, ni de la poursuite d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteurs et des salariés, pas plus que la planète. »

Dernière minute

Le 21 janvier 2026, le Parlement européen s’est prononcé par 334 voix contre 324 en faveur d’une résolution qui renvoie l’accord UE-Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Ce vote, fruit des mobilisations paysannes et citoyennes menées depuis des années, suspend donc le processus de ratification européen. Le Collectif national Stop Mercosur déclare dans un communiqué : « Ce vote, qui n’est pas une surprise, illustre ce que nous disons depuis des mois : il n’y a pas de majorité acquise au sein de l’UE en faveur de l’accord le plus nocif jamais négocié par l’Union européenne. Toute application provisoire de l’accord serait un scandale démocratique inacceptable, bafouant le parlementarisme et les institutions européennes. »

L’histoire n’est donc pas terminée. Les luttes non plus.

Le monde selon Trump

Ce communiqué d’Attac-France fait suite à l’intervention des États-Unis au Venezuela, « une agression irresponsable, brutale et dangereuse ».

Le président américain et son administration aggravent l’instabilité du monde en piétinant la charte de l’Organisation des Nations Unies signée au lendemain de la seconde guerre mondiale, qui pose un cadre de régulation des relations internationales.

Le régime de Maduro était critiquable car autoritaire. Mais ce ne sont ni des considérations démocratiques, ni la lutte contre le narcotrafic qui ont guidé Donald Trump et son administration, acteurs et complices d’autres régimes autoritaires. Fidèles à une vision impérialiste qui a déjà produit des effets dévastateurs, notamment en Amérique latine, ils ont surtout voulu montrer leur force et leur vision du monde. Ils imposent une nouvelle fois la « loi du plus fort » contre le droit, la diplomatie et le respect des peuples.

Trump s’inscrit ainsi, avec une brutalité assumée, dans une longue histoire d’ingérences, de déstabilisations et de tentatives de mise sous tutelle du Venezuela par les États-Unis. Depuis le XXᵉ siècle, cette même logique impérialiste a par ailleurs frappé de nombreux peuples : en Haïti, en Afghanistan, en Irak, au Yémen, au Chili, au Niger, et ailleurs. Le Venezuela n’est qu’un nouvel épisode d’une stratégie bien rodée qui, à terme, risque, si le gouvernement de Trump s’obstine, de mener à l’instabilité de la région et au-delà.

Ce faisant, Trump et son administration continuent de légitimer les pays qui agressent ou colonisent d’autres territoires, comme c’est le cas en Ukraine ou en Palestine – dont la situation dramatique marquée par un génocide désormais connu de tous, peut hélas désormais s’aggraver davantage. L’agression américaine est un signal envoyé aux pays qui convoitent d’autres territoires au mépris de leurs peuples, de la démocratie, de la paix.

Dans le même temps, Trump et son administration se lancent dans une fuite en avant qui aggravera la dégradation de l’environnement et le pillage des ressources naturelles pour le plus grand profit des multinationales américaines. De fait l’administration Trump ne cache pas son intention de s’approprier non seulement le pétrole du Venezuela et les ressources du Groenland (comme le cuivre, le platinium, le lithium, le phosphore ou le tungstène) mais aussi de s’attaquer à la Colombie et à Cuba.

Face à cette violation assumée, brutale, délibérée, cynique et provocatrice, mais surtout irresponsable, illégale et illégitime au regard du droit international et de la souveraineté d’un pays, la réaction d’Emmanuel Macron est confondante. Le président du pays des droits de l’Homme et du citoyen ne dit pas un mot sur le droit international et se campe sur un atlantisme stupéfiant et complice des exactions trumpiennes ; il montre une réelle incapacité de se positionner en faveur du droit et de la paix.

Comme l’affirme la Charte des Nations Unies de 1945, qui « codifie les grands principes des relations internationales, depuis l’égalité souveraine des États jusqu’à l’interdiction d’employer la force dans ces relations » et fait partie d’un socle touchant aux droits humains avec la déclaration universelle des droits de l’Homme : c’est au peuple qu’appartient souverainement et démocratiquement le droit de déterminer son avenir, dans la paix et en dehors de toute influence et agression extérieures.

C’est sur ces bases que l’association Attac soutiendra les mobilisations qui défendent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la stabilité, à la paix et à la démocratie et qui dénoncent la loi du plus fort, l’impérialisme des États coloniaux et des multinationales climaticides, la violation du droit international et l’agression de pays souverains.

Quelle France souhaitons-nous ? Celle de la LIBERTÉ, de l’ÉGALITÉ et de la FRATERNITÉ ! (Édito – décembre 2025)

Décembre est un mois où les projets humains, culturels, environnementaux et sanitaires prennent une dimension particulière, surtout quand ils se veulent porteurs d’espoirs.

La succession de dates symboliques nous invite à réfléchir à ce qui fait société. Décembre exalte des causes universelles au travers des journées internationales de lutte contre le sida, pour l’abolition de l’esclavage, pour les droits des personnes handicapées, pour le soutien auvolontariat, contre la corruption, pour les droits humains… Sans même évoquer le solstice d’hiver qui marque le retour de la lumière après les jours les plus sombres de l’année.

Et puis, et puis le 18 décembre il y a la journée internationale des migrants, suivie deux jours plus tard par la journée internationale de la solidarité, qui encourage la coopération, le partage et l’unité face aux grands défis mondiaux : inégalités, pauvreté, conflits, climat, environnement.

Il est essentiel de marquer ces  deux dates de notre mobilisation.

Pourquoi essentiel ? Parce que l’État et ses préfectures – en Meurthe-et-Moselle comme partout ailleurs – affichent de manière décomplexée leur rejet d’une politique d’accueil des migrants digne de ce nom et leur complaisance envers une idéologie qui se droitise à l’extrême.

Parce que même le Conseil Départemental, depuis le début du mois de décembre, a expulsé une dizaine de jeunes dont il met en doute la minorité. Dix jeunes expulsés, ce sont dix enfants que l’autorité départementale met à la rue pendant de longs mois… Jusqu’à ce qu’un juge considère, finalement, que ces enfants sont bel et bien mineurs (c’est ce qui arrive pour la moitié d’entre eux).

Enfin, parce que même la municipalité de Nancy refuse le moindre prêt de matériel aux organisateurs d’un buffet solidaire le 20 décembre* : pas une table, pas une guirlande, pas d’accès à l’électricité…

NB : Nous redoutons l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en France ? Alors agissons sans frilosité, résistons ouvertement.

* Retrouvez nous ce samedi 20 décembre sous l’Arc Héré (entre la place Stanislas et la place Carrière) entre 17h30 et 19h30, pour un grand buffet solidaire en mode auberge espagnole (sans alcool et sans porc, merci)